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Guide pratique · mis à jour le 30 septembre 2026

IA et secret professionnel : 12 questions à poser avant d'envoyer un dossier

Un outil d'IA qui lit vos dossiers devient un sous-traitant de vos données clients. Voici ce qu'il faut vérifier avant le premier dépôt.

Pourquoi la question se pose

Le secret professionnel de l'avocat est général, absolu et illimité dans le temps (article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 et article 2 du Règlement intérieur national). Un dossier prud'homal contient en outre des données personnelles, parfois sensibles : santé, arrêts de travail, rémunération, vie privée. Au sens du RGPD, le cabinet en est responsable de traitement ; l'éditeur de l'outil d'IA qui les traite pour son compte est un sous-traitant, soumis à l'article 28.

Le Conseil national des barreaux a adopté le 17 mars 2026 un Guide sur la déontologie et l'intelligence artificielle. Il rappelle notamment la protection du secret et des données, la vigilance à l'égard des prestataires, la vérification des productions de l'IA et l'information du client.

La checklist

  1. Où les documents sont-ils stockés ? Pays, hébergeur, localisation des sauvegardes. Un hébergement dans l'Union européenne n'est qu'un point de départ.
  2. Où sont-ils traités par le modèle d'IA ? Le stockage et le traitement sont souvent distincts. Demandez la région exacte du modèle et l'existence d'éventuels transferts hors UE (chapitre V du RGPD).
  3. Qui sont les sous-traitants ultérieurs ? Hébergeur, fournisseur du modèle, reconnaissance de caractères, envoi d'e-mails : la liste doit être communiquée, et tout changement vous être notifié (article 28, paragraphe 2).
  4. Un contrat article 28 est-il signé avec le cabinet ? Objet, durée, nature des données, instructions, confidentialité, sécurité, assistance, sort des données en fin de contrat, audits.
  5. Mes documents servent-ils à entraîner un modèle ? La réponse doit être « non », écrite dans le contrat, y compris chez le fournisseur du modèle.
  6. Combien de temps les données sont-elles conservées ? Chez l'éditeur, mais aussi dans les journaux du fournisseur du modèle. Peut-on obtenir un effacement définitif sur demande ?
  7. Les cabinets sont-ils cloisonnés ? Un cabinet ne doit jamais pouvoir accéder aux dossiers d'un autre, ni un collaborateur à un dossier qui ne le concerne pas si vous le souhaitez.
  8. Les fichiers sont-ils chiffrés ? En transit (HTTPS) et au repos.
  9. Qui s'est connecté, qui a déposé, qui a téléchargé ? Un journal d'audit permet de répondre à un client, à un confrère ou au bâtonnier.
  10. Comment se connecte-t-on ? Adresse professionnelle, lien de connexion ou second facteur, révocation immédiate des accès d'un collaborateur qui part.
  11. Chaque affirmation est-elle vérifiable ? Un modèle d'IA peut se tromper. Un bon outil renvoie à la pièce et à la page, pour que la vérification prenne quelques secondes.
  12. Que se passe-t-il en cas d'incident ? Le sous-traitant doit vous notifier toute violation de données dans les meilleurs délais (article 33, paragraphe 2), pour que vous puissiez respecter vos propres obligations.

Et l'anonymisation ?

Anonymiser un dossier avant de l'envoyer réduit le risque, mais une pseudonymisation partielle (noms remplacés, dates et lieux conservés) laisse souvent la personne identifiable : les données restent alors des données personnelles au sens du RGPD. Pour un usage courant, les garanties contractuelles et techniques ci-dessus restent indispensables.

Les réponses de Précis Legal

QuestionPrécis Legal
StockageEn France
Traitement par le modèleDans l'Union européenne à l'ouverture du service ; pendant le pilote, dossiers fictifs ou anonymisés uniquement
Contrat article 28Signé avec chaque cabinet, sous-traitants listés
EntraînementJamais
CloisonnementPar cabinet, visibilité réglable par dossier
ConnexionLien envoyé sur l'adresse professionnelle, sans mot de passe
TraçabilitéJournal d'audit des dépôts, traitements et téléchargements
VérificationChaque affirmation de la note renvoie à sa pièce

Recevez le modèle d'accord de traitement

Nous vous envoyons l'accord article 28 et la liste des sous-traitants de Précis Legal, pour les soumettre à votre propre grille d'analyse.

Ce guide est une information générale à destination des professionnels du droit. Il ne constitue pas une consultation juridique. Sources : loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, art. 66-5 ; Règlement intérieur national, art. 2 ; règlement (UE) 2016/679 (RGPD), art. 28, 33 et chapitre V ; CNB, Guide sur la déontologie et l'intelligence artificielle, 17 mars 2026.